Aigle fait capoter la fusion à trois  (Article paru dans 24 heures du 27.9.2010)

CHABLAIS Le mariage des communes d’Aigle, de Leysin et d’Yvorne a échoué hier pour 43 voix.

Trente voix d’écart en faveur du oui à Yvorne, 52 bulletins à Leysin pour faire pencher la balance dans le même sens. Et 43 non qui font toute la différence à Aigle. Le verdict des urnes, hier, aura été aussi serré que le laissait imaginer la campagne – extrêmement vive – menée avant le scrutin. «Ce n’est pas un triomphe, admet Patrice Badan, élu UDC à Aigle et membre du comité opposé à la fusion des trois communes. Mais nous sommes très satisfaits quand même. Les gens n’ont pas vu les avantages concrets qu’ils avaient à tirer de ce projet. Et pour cause: il n’aurait apporté aucune plus-value.»

Dans l’autre camp, la déception se lisait sur tous les visages hier. Certains regrettent le fait qu’à Aigle, plus de 300 personnes qui ont voté sur l’objet fédéral ne se soient pas exprimées sur la fusion. «Nous n’avons pas réussi à mobiliser les gens comme l’ont fait les opposants, constate Frédéric Borloz, syndic d’Aigle. Cela explique peut-être le faible taux de participation (ndlr: moins de 40%) et le refus.»

«Dérapages»

Son homologue d’Yvorne, Philippe Gex, abonde dans ce sens: «Il est bien plus difficile de faire envie que de faire peur.» Allusion à certains «dérapages» imputés aux opposants, qui auraient semé la confusion dans l’esprit de nombreux citoyens. Le conseiller d’Etat Philippe Leuba en a été témoin, à Yvorne justement: «Un vigneron affirmait que les appellations viticoles allaient fusionner. C’est un pur mensonge.»

Au vu des arguments des réfractaires à la fusion, l’aspect géographique a sans doute joué un rôle. «Aigle n’a pas de socle commun avec Leysin», souligne Anne Croset, élue libérale dans le chef-lieu. Jean-Robert Neveu, de Leysin, pense que les seules communes avec lesquelles son village pourrait fusionner sont celles des Ormonts. «Et puis, tout a été fait de manière trop précipitée.»

Les autorités vont-elles remettre l’ouvrage sur le métier, alors que s’approchent les élections communales de 2011? «Il faudra prendre du recul, répond Frédéric Borloz. Mais le résultat nous paraît trop bon pour que nous rangions ce projet dans un tiroir. Le débat doit continuer.» Car les problématiques de fond restent entières, selon les syndics: il s’agit «de préparer l’avenir en constituant une administration forte et une commune financièrement solide». Un effort que salue le ministre Leuba: «Les fusions de Valbroye et de Bourg-en-Lavaux n’ont abouti qu’après deux tentatives. Peut-être qu’il en sera de même dans le Chablais.»

Les vainqueurs du jour, eux, ne se disent guère pressés de recommencer le processus. «Le statu quo nous convient très bien, résume Patrick Badan. A Aigle, nos finances sont saines et la nouvelle péréquation nous sera favorable.» Responsable de la promotion économique d’Aigle Région, Pierre Anderegg se montre plus dubitatif: «Ce vote négatif est assurément une mauvaise nouvelle pour tout le Chablais. »

PATRICK MONAY