Autorités aux anges (Article paru dans "le Courrier" du 2 décembre 2010)

Pour Philippe Leuba, conseiller d’Etat, le 28 novembre 2010 est un dimanche à marquer d’une pierre blanche. Quatre votations, quatre fusions acceptées ! 17 communes se fondent dans quatre nouvelles communes avec des majorités très confortables: Oron (77,9%), Servion (88,4% de oui), Donneloye (89,4% ), Champvent (96,4%). Il y avait 378 communes en début de législature. Il y en aura 326 au 1er janvier 2012 et les projets dans le tuyau concernent encore 24 communes.

En analysant le scrutin sur place avec les syndics et la population, Philippe Leuba constate que la fusion d’Oron fera date dans  le canton, car elle concerne dix communes, ce qui ne s’est jamais vu.

"Vous êtes là pour célébrer un projet d’avenir, car vous êtes en train de créer l’institution communale de demain. Vous modelez le futur de cette région dans l’intérêt de vos collectivités locales et de vos enfants."  

Même satisfaction du côté de la préfecture. Le préfet du district, Jean-François Croset se félicite du rééquilibrage du district de Lavaux-Oron, qui mérite mieux son nom depuis le 28 novembre. "Le district se restructure de manière très favorable avec la nouvelle commune d’Oron qui équilibre celle de Bourg-en-Lavaux." La préfecture met ses services à disposition du Comité de pilotage pour la mise en route de la nouvelle commune. 

Les syndics se frottent les mains.  Daniel Sonnay, syndic des Tavernes, voit son idée de fusion lancée en septembre 2006 être plébiscitée. "Quatre ans pour atteindre le but, c’est long mais formidablement gratifiant".

A Oron-la-Ville, Philippe Modoux a toujours été confiant. "Dans notre commune, le sondage fait en 2007 donnait un taux de 75 % d’acceptation. On a eu dix points de plus ! " Oron-la-Ville y a toujours cru. Au Conseil communal, la Convention avait recueilli 100% des voix.  

Les dames ont été plus inquiètes. A Ecoteaux, où l’opposition  s’exprimait, la syndic Anne-Marie Delley a mal dormi les jours précédent le scrutin. Elle regardait avec appréhension la pile de 193 enveloppes sur le bureau. "Du jamais vu à Ecoteaux ! Je n’osais pas imaginer que notre commune fasse capoter un projet plébiscité à 80% par les autres communes !" Finalement la population a voté comme le Conseil général, avec une nette majorité: soulagement !

La syndic Danielle Richard-Martignier se sentait mal à l’aise face au silence qui régnait dans  ses campagnes. "Pour ou contre ? On ne savait pas que penser." Qui ne dit mot consent et les résultats pour la fusion sont excellents (74.6%).

Déformation professionnelle, les syndics pensent déjà à l’avenir. Pas question d’attendre l'assermentation dans  une année des nouvelles autorités d’Oron ! "Le peuple a très largement soutenu la fusion. A nous maintenant de lui donner un contenu concret dans les mois à venir" soulignent Christian Bay et Gérald Wist, syndics de Palézieux et Châtillens respectivement.

On pense aussi à l’avenir du côté du canton. Le Conseil d’Etat fera le bilan de la "politique fusion" de la législature et proposera d’adapter la loi si nécessaire; de maintenir par exemple les subvention au même niveau pour les communes qui fusionnent (2,7 millions pour Oron).   

"Mais, remarque Philippe Leuba, l’encouragement financier n’a jamais été le prétexte à fusionner. Le regroupement des forces, le devenir de la région, l’adaptation de l’institution communale aux conditions actuelles déclenchent le processus de fusion: jamais les  subventions !"

La satisfaction des autorités est directement proportionnelle à la confiance obtenue. Du conseil d’Etat à la plus petite commune, en passant par la préfecture, elles jurent de ne pas décevoir. On peut les croire.

Cl.Q.